Récapitulons. Après un mois de mars à vous faire ressortir les shorts, tees & cie ; passer vos soirées en terrasse ; rêver de votre maillot de bain voilà que se pointe avril qui semble bien décidé à pourrir le groove de l’empereur l’ambiance. Alors si toi aussi tu es en proie à un vent à décorner une licorne et que tu erres sur les internets, voici ce que je te propose. Arme-toi de toute victuaille ou accessoire nécessaire à la lecture de mon délicieux phrasé. Plus vite, j’attends ! Bien, maintenant, allume ton gramophone moderne, cherche dans ta bibliothèque à vinyles dernier cri (aka Spotify) un morceau de jazz ou de swing avec un bruit de disque qui peine à tourner, sers toi un verre de scotch, allume un cigare (ces derniers choix sont laissés à l’appréciation du lecteur, mais quand même…) et détends-toi. C’est bon, on est bien installé ? Bien. Prépare-toi cher ami, ce soir on remonte le temps, on agite du pompon, on se désape et on se prend des paillettes dans la face. Tu l’auras compris, ce soir on parle BURLESQUE.
Soulignons ici que nous n’aborderons en aucun cas ici la bouse proposée par Christina AGUILERA et Cher mais bien le new burlesque, celui qui fleure bon le rockabilly, le glamour et les tatouages.
Cela ne vous aura sans doute pas échappé sauf si vous vivez dans une cave, mais depuis deux-trois ans (si ce n’est plus) nous surfons sur une vague vintage : le mot est lâché. Le principe est extrêmement simple. Prenez tous les vêtements ou objets qu’ont jeté vos parents après vos multiples quolibets assortis de grands « Putain c’est moche», dans votre imaginaire apposez leur une étiquette marqué 30-40€ pour rester correct et pleurez devant en les retrouvant dans une vente parce que : oui vous aviez le même mais il est passé à la benne et maintenant il faut allonger le pognon. Enfin bref, là n’est pas la question. Toujours est-il que ladite vague est en train de se transformer en tsunami.
Mais revenons-en à notre mouton pailleté. Le new/neo burlesque c’est un mouvement qui trouve ses racines aux USA au début des années 90. Le principe ? Des performances scéniques rivalisant d’imagination durant lesquels les protagonistes se déshabillent ou plus exactement s’effeuillent. Je dis protagonistes parce que oui, vous aussi messieurs pouvez faire part de vos talents dans ce domaine. « Ouais, du strip-tease quoi ». Que nenni vil faquin ! Ca servait à quoi de lui trouver une appellation sinon ?! D’une, le burlesque n’est pas vulgaire ; de deux, tu n’as pas besoin d’avoir l’approbation de LAGERFELD pour monter sur scène et de trois on est là pour s’amuser. Les prestations sont donc des petits moments de drôlerie et de connivence.
Comprenez-bien que je vous fais ici la version courte, si vous voulez vraiment explorer le monde du new burlesque, il y a de très bons sites pour cela. Le genre émane de deux grandes influences : les grandes revues parisiennes (Moulin Rouge, Folies Bergères) mais aussi de la tradition du cirque. Les spectacles sont donc itinérants et ne se limitent pas aux grandes villes, au contraire. C’est dans les années 40 et 50 que le discipline revêt ses lettres de noblesse avec la montée du rock’n’roll. Après avoir diverti les foules, le burlesque devient finalement marginal dans les années 70 puis finit par être éclipsé à une époque où l’érotisme et le nu se font beaucoup plus présents.
C’est sans compter sur un revival durant la décennie suivante. Car c’est bien connu what goes around comes around dixit notamment le prophète Timberlake. On explore de nouveaux horizons en matière de rock et du coup on ressort la panoplie qui va avec : tatouages, pin-ups, belles mécaniques lustrées… Dans les années 90, la troupe du Velvet Hammer Burlesque contribue fortement à la relance du mouvement burlesque, d’où le « new » burlesque. C’est pendant cette période que les nouvelles figures de proue vont émerger : Dirty Martini, Mimi le Meaux, Kitten on the Keys, Dita von Teese pour citer les plus connues. Le genre se charge aussi de convictions, les femmes se veulent maîtresses de leurs corps, revendiquent leur non-appartenance aux standards édictés par la société…
Ce renouveau donne aussi au premier festival du new burlesque en 2001 où les spectateurs affluent permettant ainsi une médiatisation du mouvement. Les troupes se multiplient aux USA ainsi qu’en Europe. En 2010, c’est Matthieu AMALRIC qui mettra le burlesque en pleine lumière et sous le feu des projecteurs cannois en présentant son film Tournée au festival de Cannes accompagné du prestigieux Cabaret New Burlesque. Depuis, les cours d’effeuillage et ateliers vintage en tous genres se multiplient.
Bon c’est bien beau tout ça, mais comment je suis arrivé dedans hein ? A vrai dire, difficile de m’en rappeler, sûrement un reportage à la base. Mais cette aventure a surtout été relancée grâce à ma merveilleuse A. avec qui je me suis rendu à mon premier spectacle dans le 9ème arrondissement de Lyon. Il faut bien reconnaître que ma ville d’adoption bénéficie de beaux talents en matière de new burlesque. Je vais vous donner mes clés pour comprendre pourquoi ces shows sont géniaux. Première chose : l’ambiance. Difficile de faire plus bonne enfant, généralement tous les spectateurs se prêtent au jeu et arrivent en tenues d’ « époque », la musique est bonne, on esquisse doucement des pas de danse même si ça ne ressemble à rien. Deuxième chose : le public. Déjà on note que les femmes sont généralement plus nombreuses que les hommes à ce genre d’évènements. Ma première crainte quand je suis allé voir ce spectacle, c’était qu’il y ait des lourdauds vociférant des « A poil ! » dans un râle biéreux. Et bien non, au contraire, on a à faire à un public respectueux des performeuses. D’ailleurs le premier à sortir une connerie à plus de chance de se retrouver tout nu sur scène qu’autre chose ou se faire frapper par son voisin, au choix. Troisième chose : les FILLES ! Je ne peux pas vous dire avec quelle patate je suis sorti du premier spectacle. Voir toutes ces nanas complètement décomplexées s’amuser sur scène, interagir avec leur public et rivaliser d’imagination pour nous séduire tout en nous faisant marrer c’est juste exceptionnel. Si vous avez un ami dépressif, faites le venir ! Autant vous dire que depuis le premier show, on a tenté de les enchaîner dans la mesure du possible les soirées, certaines s’y sont même mises. Vous avez là ma vision de la chose et je ne peux que vous incitez à découvrir ce phénomène par vous-même. Prochaine étape pour moi, la Nuit de la Prohibition en mai. Bisou pailleté !
B.









